Base élèves-Fichiers-Police-Parents

Base élèves fait déjà des petits

Qu’on se le dise : le fameux fichier Base élèves 1er degrés (BE1D en langage machine) est inoffensif. Si si, il a été nettoyé, recadré, corrigé, et même «amélioré» par M. le ministre.

Voilà ce qu’il disait en juin 2008: « J’ai insisté pour que la “base élèves” ne comporte plus aucune autre indication que celles dont nous avons besoin. (…)  J’ai trouvé que ce document était profondément liberticide. L’origine sociale des familles, la langue des parents, etc. ne nous intéressent pas. Le fait de les indiquer est inutile et n’est pas conforme à la tradition républicaine de l’école de Jules Ferry, qui doit accueillir les enfants quels qu’ils soient pourvu qu’ils soient d’âge scolaire. Nous avons donc modifié le décret relatif à la “base élèves”, de façon qu’elle indique uniquement le nom et l’âge de l’élève. »

Avant que BE ne devienne donc qu’un simple fichier à 2 entrées (nom, âge…), il est vrai qu’il y avait dans BE1D un arrière goût de casier social. Certains champs étaient sans aucun lien avec la gestion d’une école, par exemple l’origine des parents, la nationalité, leur date d’arrivée en France, etc., de quoi contenter l’un des voisins de cabinet de Xavier Darcos, le ministre de la Jungle Eric Besson. Mais rien à voir avec la gestion des effectifs ou le “suivi pédagogique” d’une école. Alors, grand Seigneur, le ministre a donc modifié le fichier en octobre 2008, avant de le légaliser par décret.

Et bien ce qui se balance par la porte peut très bien revenir par le soupirail. Voilà ci-contre un document envoyé aux écoles de Seine St Denis. Un document à remplir par chaque directrice ou directeur, forcément sous forme “papier”, comme BE a été expurgé… On y trouve tous les items sensibles que le ministère n’a pas pu maintenir dans le fichier parce qu’il savait qu’ils étaient incompatibles avec sa finalité “déclarée”. Décryptage:

  • CLIN : «Classe d’initiation», enseignement réservé aux enfants non francophones, classe “ouverte” dans le sens où l’enfant intègre une classe ordinaire tout en suivant cet apprentissage parallèle. Une donnée qui peut sans doute remplacer l’absence de case «nationalité» qui ne figure plus dans BE. Une circulaire de mars 2002 précise en passant qu’il «n’appartient pas au ministère de l’éducation nationale de contrôler la régularité de la situation des élèves étrangers et de leurs parents au regard des règles régissant leur entrée et leur séjour en France»… A bon entendeur!
  • Aide personnalisée: ce sont les deux heures du samedi qui doivent être désormais consacrées aux 6 èleves les plus en difficulté de la classe. La FCPE comme de nombreuses organisations a dénoncé cette mesure, qui justifie la suppression des RASED (lire point suivant), alors que ces cours sont assurés par un enseignants généralistes et non “spécialisés”.
  • RASED: Réseau d’aide spécialisée pour les élèves en difficultés, qui ont donc été supprimées sans sommation par Darcos, malgré son efficacité reconnue par le corps enseignant. Cette information pourra donc alimenter un autre fichier parallèle à BE. Et on comprend la sensibilité de cette donnée lorsqu’elle est ventilée en fonction de la spécialité dnas laquelle l’enfant a été pris en charge: code “E” pour l’aide à dominante pédagogique  (difficultés scolaires); code “G” pour une aide à dominante psycho-pédagogique (difficultés comportementales, absence de désir d’apprendre, troubles du comportement), très utile, donc, pour assurer une prédictibilité de la délinquance juvénile si chère aux députés Bénisti et Lefebvre…
  • PPRE : projet personnalisé de réussite éducative, autre accompagnement particulier réservé aux élèves qui risquent «de ne pas maîtriser les connaissances et les compétences indispensables à la fin d’un cycle».
  • La fatidique case «Autre», dans laquelle des appréciations subjectives peuvent être annotées…
  • Dans les «actions extérieures» mentionnées, il y a, en vrac : «orthophoniste», «ASE» (Aide sociale à l’enfance: donnée qui peut là aussi renseigner sur la situation sociale de la famille entière, «psychologue», CMP (savoir si l’enfant est suivi par un Centre médico psychologique), et enfin, «PJJ»: «Protection judiciaire de la jeunesse».

Autant d’informations que le directeur est donc invité à donner, en son âme et conscience, sans qu’aucune procédure d’information des parents ne soit prévue par ailleurs.

Après tout, les maires ont obtenu l’autorisation de créer leur propre fichier sur l’absentéisme des élèves. Voilà que les rectorats vont donc créer des bases parallèles propres à traiter ces nouvelles données, et on imagine bien qu’avec l’INE, le numéro unique attribué à chaque enfant, tout ce petit monde saura faire dialoguer tous ces “casiers” entre eux.


PS. — Les directeurs d’école ont reçu leur trophée des BBA lors de leur 2èmes rencontres nationales, samedi dernier dans la Drôme. Lire le compte-rendu de la LDH Toulon. (Pour relire les propos de Darcos de juin 2008, c’est ici.)

Merci à Véronique D., directrice d’école dans le 93, pour ses éclairages…

SOURCE

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